Microplastiques et PFAS dans l’eau potable : une nouvelle combinaison de polluants
Les microplastiques et les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) sont aujourd’hui au cœur des préoccupations sur la qualité de l’eau potable. Longtemps étudiés séparément, ces deux types de polluants commencent à être analysés ensemble. Et ce que montrent les premières recherches est inquiétant : les microplastiques peuvent transporter, concentrer et relarguer des PFAS, augmentant potentiellement les expositions humaines.
Comprendre comment ces contaminants interagissent, comment ils se comportent dans les réseaux d’eau potable, mais aussi ce que les filtres domestiques peuvent réellement enlever, devient essentiel. Pour les ménages qui souhaitent à la fois réduire leur exposition et faire des choix avisés en matière d’achats (carafes filtrantes, filtres sous évier, osmose inverse), disposer d’informations claires est indispensable.
Que sont les microplastiques dans l’eau potable ?
Les microplastiques sont de minuscules fragments de plastique, généralement définis comme des particules de moins de 5 millimètres. Mais dans l’eau potable, on s’intéresse surtout aux particules bien plus petites, souvent inférieures à 100 micromètres, voire à l’échelle du micron.
On distingue généralement plusieurs catégories :
- Microplastiques primaires : microbilles, granulés industriels, fibres synthétiques issues des textiles.
- Microplastiques secondaires : fragments issus de la dégradation de plastiques plus grands (bouteilles, emballages, pneus).
- Nanoplastiques : particules encore plus petites, en dessous de 1 µm, pour l’instant très difficiles à mesurer de manière fiable.
Ces particules se retrouvent dans les rivières, les nappes phréatiques, puis dans les usines de traitement d’eau. Une partie est éliminée lors des traitements classiques, mais une proportion significative peut persister, surtout les plus petites particules, et atteindre l’eau du robinet.
PFAS : des « polluants éternels » dans l’eau du robinet
Les PFAS regroupent des milliers de molécules synthétiques utilisées pour leurs propriétés antiadhésives, hydrofuges et résistantes à la chaleur. On les trouve dans les poêles antiadhésives, les textiles déperlants, les mousses anti-incendie, les emballages alimentaires, les cosmétiques et de très nombreux produits du quotidien.
Leur problème majeur ? Ce sont des polluants persistants. Ils se dégradent très lentement dans l’environnement, s’accumulent dans les écosystèmes et se retrouvent dans les eaux de surface comme dans les eaux souterraines. De nombreuses études ont montré la présence de PFAS dans l’eau potable de villes en Europe, en Amérique du Nord et ailleurs dans le monde.
Les inquiétudes sanitaires portent notamment sur :
- des effets possibles sur le système immunitaire,
- des perturbations hormonales,
- un impact sur le cholestérol et le métabolisme,
- un risque accru pour certains cancers selon les expositions et les molécules.
Même à faible dose, l’exposition chronique via l’eau du robinet est un enjeu de santé publique, car elle s’ajoute aux autres sources d’exposition (alimentation, air intérieur, poussières, produits de consommation).
Comment les microplastiques interagissent avec les PFAS dans l’eau potable
Les microplastiques ne sont pas de simples « passagers » dans l’eau. Ils peuvent agir comme des supports de pollution. Leur surface, souvent rugueuse et chargée électriquement, adsorbe des composés chimiques présents dans l’environnement. Les PFAS, en raison de leur structure particulière, peuvent s’attacher à ces surfaces.
Plusieurs mécanismes entrent en jeu :
- Adsorption à la surface du plastique : les PFAS se « collent » aux microplastiques, en particulier aux polymères ayant une affinité pour ces molécules fluorées.
- Concentration locale des PFAS : un microplastique peut concentrer des PFAS à sa surface à des niveaux plus élevés que dans l’eau environnante.
- Relargage ultérieur : selon la température, le pH, la salinité et d’autres paramètres, les PFAS peuvent être relargués dans l’eau, créant des micro-réservoirs mobiles de pollution.
Dans le contexte de l’eau potable, cela signifie que des systèmes de traitement qui enlèvent mal les microplastiques risquent aussi de laisser passer une fraction des PFAS « accrochés » à ces particules. À l’inverse, si certains microplastiques sont retenus dans les stations de traitement, ils peuvent piéger des PFAS mais aussi constituer un défi pour la gestion des boues et des résidus.
Risques combinés pour la santé : au-delà de l’approche molécule par molécule
La toxicologie environnementale s’est longtemps concentrée sur les substances une par une. PFOS, PFOA, puis d’autres PFAS. Microplastiques, puis nanoplastiques. Mais dans l’eau du robinet, nous sommes confrontés à des mélanges complexes.
Les risques combinés peuvent se manifester de plusieurs façons :
- Exposition cumulative : ingestion simultanée de PFAS dissous et de PFAS adsorbés sur les microplastiques.
- Voie d’exposition facilitée : de très petites particules plastiques, une fois ingérées, pourraient traverser plus facilement certaines barrières biologiques, emportant ave elles des contaminants attachés.
- Effets additifs ou synergiques : plusieurs PFAS, associés à d’autres polluants présents sur les microplastiques (métaux lourds, pesticides), peuvent exercer des effets combinés encore mal compris.
Les données scientifiques sur les effets sanitaires des microplastiques sont encore limitées, mais les tendances vont vers la prudence. Face à cette incertitude, réduire l’exposition globale, en particulier par l’eau potable, apparaît comme une stratégie de précaution réaliste pour les consommateurs.
Que peuvent faire les stations d’épuration et les usines d’eau potable ?
Les stations de traitement de l’eau potable n’ont pas été conçues pour gérer les PFAS et les microplastiques. Elles utilisent principalement la filtration, la décantation, la désinfection (chlore, ozone, UV), parfois le charbon actif ou l’osmose inverse, mais ce n’est pas systématique.
De manière générale :
- Les microplastiques de grande taille peuvent être partiellement retenus par la filtration et la décantation.
- Les microplastiques plus fins et les nanoplastiques échappent plus facilement aux traitements classiques.
- Les PFAS sont très difficiles à éliminer par les procédés standards, en particulier les molécules à chaîne courte.
Certains réseaux commencent à intégrer des technologies plus avancées, comme le charbon actif en grains ou l’osmose inverse, mais ces solutions restent coûteuses et ne sont pas généralisées. D’où l’intérêt croissant, chez les particuliers, pour des systèmes de filtration domestiques ciblant les PFAS et les microplastiques.
Filtration domestique : ce que les filtres à eau peuvent réellement enlever
Les consommateurs se tournent vers les carafes filtrantes, les filtres sous évier, les systèmes d’osmose inverse ou les filtres sur robinet. Mais tous les produits ne se valent pas. Et tous ne sont pas efficaces contre les PFAS et les microplastiques.
Charbon actif : une bonne option pour certains PFAS et microplastiques
Les filtres à charbon actif (en bloc ou en grains) sont parmi les plus courants. Ils sont efficaces pour réduire de nombreux contaminants organiques, certains résidus de pesticides, les composés responsables du goût et de l’odeur du chlore, et une partie des PFAS.
Pour les PFAS, plusieurs éléments sont à connaître :
- Les PFAS à chaîne plus longue (comme le PFOA ou le PFOS) sont généralement mieux adsorbés par le charbon actif.
- Les PFAS à chaîne plus courte sont plus difficiles à piéger et peuvent traverser certains filtres.
- La performance réelle dépend de la qualité du charbon, de la vitesse de passage de l’eau et de la fréquence de remplacement de la cartouche.
Concernant les microplastiques, les filtres à charbon actif en bloc, avec une micronisation fine, peuvent retenir une partie des particules, surtout celles supérieures à quelques microns. Les filtres en grains, moins compacts, sont généralement moins performants pour la filtration mécanique mais restent utiles pour l’adsorption de substances dissoutes.
Osmose inverse : la solution la plus radicale pour PFAS et microplastiques
Les systèmes d’osmose inverse (RO) sont parmi les plus efficaces pour la purification de l’eau potable. Ils utilisent une membrane semi-perméable capable de retenir une très large gamme de contaminants, y compris de nombreux PFAS et microplastiques.
En pratique, ces systèmes :
- retiennent la grande majorité des PFAS, y compris une partie des chaînes courtes,
- éliminent efficacement les microplastiques et la plupart des particules de taille micro et nano,
- réduisent également les nitrates, métaux lourds, sels, pesticides et d’autres polluants.
L’osmose inverse présente cependant des inconvénients. Elle produit une eau très peu minéralisée, ce qui peut nécessiter un système de reminéralisation selon les préférences. Elle génère aussi un rejet d’eau, car une partie de l’eau d’alimentation est évacuée avec les contaminants concentrés. Enfin, son coût d’installation et d’entretien est plus élevé que celui d’une carafe filtrante classique.
Filtres mécaniques, ultrafiltration et nanofiltration
Au-delà du charbon actif et de l’osmose inverse, d’autres technologies de filtration peuvent intéresser les foyers souhaitant réduire les microplastiques et, dans une moindre mesure, les PFAS.
On peut citer :
- Les filtres mécaniques à faible micronage (par exemple 1 µm) : efficaces pour retenir une partie des microplastiques, mais sans action spécifique sur les PFAS dissous.
- L’ultrafiltration : membranes capables de retenir les particules, bactéries et certains virus, utiles pour les microplastiques de taille significative.
- La nanofiltration : technologie intermédiaire entre ultrafiltration et osmose inverse, pouvant réduire certains PFAS et de nombreuses molécules organiques.
Souvent, les fabricants combinent plusieurs médias filtrants dans un même système : préfiltration mécanique, charbon actif, puis membrane plus fine. Cette approche par étapes permet de mieux gérer la pollution multiple de l’eau, en particulier lorsque microplastiques et PFAS coexistent.
Comment choisir un filtre domestique contre PFAS et microplastiques ?
Pour les ménages, la sélection d’un système de filtration de l’eau doit répondre à quelques questions clés. L’objectif est de combiner réalisme (budget, entretien, place disponible) et performance (capacité réelle à réduire PFAS et microplastiques).
Points de vigilance à considérer :
- Certifications et tests indépendants : privilégier les filtres testés par des laboratoires indépendants pour la réduction spécifique des PFAS et, si possible, des microplastiques.
- Technologie utilisée : charbon actif de haute qualité, osmose inverse, nanofiltration, ou combinaison de plusieurs procédés.
- Taille de filtration (micronage) : plus la taille de coupure est faible, plus le filtre est performant pour les particules, incluant les microplastiques.
- Coût à long terme : inclure le prix des cartouches de remplacement et leur fréquence dans le calcul.
- Débit et praticité : un filtre très performant mais trop lent peut décourager son usage au quotidien.
Pour les foyers vivant dans une zone où la contamination par les PFAS est documentée, un système d’osmose inverse sous évier ou une combinaison charbon actif + membrane fine est généralement plus pertinent qu’une simple carafe de base. Pour ceux qui souhaitent avant tout réduire les microplastiques, un filtre mécanique à faible micronage couplé à un bon charbon actif peut représenter un compromis intéressant.
Vers une prise de conscience accrue de la pollution combinée de l’eau potable
Les microplastiques et les PFAS dans l’eau potable symbolisent les limites d’un modèle de production fondé sur les plastiques et les composés fluorés persistants. Leur interaction dans les réseaux d’eau, la manière dont ils se fixent et se transportent, oblige à revoir la façon dont nous évaluons la qualité de l’eau du robinet.
En attendant des régulations plus strictes et des systèmes de traitement mieux adaptés, les solutions de filtration domestique offrent un moyen pragmatique de réduire l’exposition quotidienne. À condition de choisir avec soin, de comprendre ce que chaque technologie peut – et ne peut pas – enlever, et de maintenir les filtres correctement.
L’avenir de la gestion de l’eau potable passera par une meilleure intégration de ces polluants émergents dans les politiques publiques, la surveillance des réseaux et les innovations en matière de filtration. Entre temps, s’informer, lire les rapports locaux sur la qualité de l’eau, et investir dans un système de filtration adapté restent les leviers les plus concrets à l’échelle du foyer.

