Les microplastiques et les PFAS représentent aujourd’hui deux des menaces les plus préoccupantes pour la qualité de l’eau potable. Lorsqu’ils se rencontrent dans le même verre d’eau, leurs interactions physiques et chimiques peuvent amplifier les risques pour la santé humaine et l’environnement. Comprendre comment ces micro-contaminants fonctionnent ensemble est devenu essentiel pour choisir des stratégies de filtration efficaces et des produits adaptés.
Microplastiques dans l’eau potable : définition, sources et caractéristiques
Les microplastiques sont de minuscules particules de plastique, généralement définies comme des fragments de moins de 5 millimètres. On les distingue en deux catégories : les microplastiques primaires, fabriqués intentionnellement à cette taille (microbilles, granulés industriels), et les microplastiques secondaires, issus de la dégradation de déchets plastiques plus volumineux.
Dans l’eau potable, les principales sources de microplastiques sont :
- La dégradation des emballages plastiques dans l’environnement
- Les fibres synthétiques libérées lors du lavage des vêtements
- Les rejets industriels et les eaux usées insuffisamment traitées
- La fragmentation des pneus et des revêtements routiers entraînée par les pluies
Ces particules présentent une grande diversité de formes (fibres, fragments, films, billes) et de compositions (PET, PE, PP, PVC, etc.). Leur surface est irrégulière, souvent chargée électriquement, et capable d’adsorber une multitude de substances chimiques présentes dans l’eau. C’est ce qui en fait des vecteurs potentiels de contaminants, dont les PFAS.
PFAS : ces « polluants éternels » omniprésents dans l’eau de boisson
Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) sont une vaste famille de composés chimiques synthétiques, utilisés depuis les années 1950 pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes et résistantes à la chaleur. On les retrouve dans les poêles antiadhésives, les mousses anti-incendie, les textiles techniques, les emballages alimentaires et de nombreuses applications industrielles.
Deux caractéristiques des PFAS les rendent particulièrement problématiques pour l’eau potable :
- Une extrême persistance dans l’environnement, d’où leur surnom de « polluants éternels »
- Une capacité à se déplacer sur de longues distances via les eaux souterraines et de surface
De nombreuses études associent l’exposition chronique à certains PFAS à des effets sanitaires potentiellement graves : perturbation endocrinienne, diminution de la réponse immunitaire, augmentation du risque de certains cancers, effets sur le cholestérol ou le poids de naissance. Cette toxicité, combinée à leur présence diffuse, alimente les inquiétudes liées à la qualité de l’eau du robinet.
Comment les microplastiques interagissent avec les PFAS dans l’eau potable
L’interaction entre microplastiques et PFAS repose principalement sur des mécanismes d’adsorption. Les surfaces des particules plastiques, souvent hydrophobes et chargées, peuvent attirer et retenir les molécules de PFAS présentes dans l’eau. Ce phénomène transforme les microplastiques en sortes de « supports » pour ces substances fluorées.
Plusieurs paramètres influencent cette interaction :
- Le type de polymère (PE, PP, PET, etc.), qui détermine l’affinité chimique avec les PFAS
- La taille des particules, plus elles sont petites, plus leur surface spécifique est élevée
- Le degré de vieillissement du plastique, associé à des fissures et à l’oxydation de la surface
- La composition de l’eau (pH, salinité, matière organique dissoute)
Cette capacité d’adsorption soulève deux enjeux. D’une part, les microplastiques peuvent concentrer des PFAS à leur surface à des niveaux plus élevés que dans l’eau environnante. D’autre part, ces particules peuvent se comporter comme des transporteurs, favorisant la dispersion de PFAS à travers les réseaux d’eau, les organismes aquatiques et, finalement, la chaîne alimentaire humaine.
Risques combinés des microplastiques et des PFAS pour la santé humaine
La question centrale pour les consommateurs reste la suivante : l’addition de microplastiques et de PFAS dans l’eau potable crée-t-elle un risque combiné supérieur à la somme de leurs effets individuels ? Les travaux scientifiques sont encore en cours, mais plusieurs éléments de préoccupation émergent.
D’un côté, les microplastiques agissent comme support physique. Ils peuvent :
- Faciliter l’ingestion de PFAS adsorbés, en plus de ceux dissous dans l’eau
- Protéger partiellement certaines molécules adsorbées de la dégradation chimique ou biologique
- Traverser des barrières biologiques (tube digestif, éventuellement tissus) en transportant des contaminants
De l’autre, les PFAS peuvent se fixer sur les microplastiques et modifier leur comportement biologique. Certaines études sur des organismes aquatiques suggèrent que les microplastiques chargés en polluants peuvent accentuer le stress oxydatif, l’inflammation et les perturbations cellulaires par rapport aux particules « vierges ».
Pour l’être humain, les principales inquiétudes concernent :
- Une exposition prolongée à de faibles doses de PFAS, renforcée par le rôle de vecteur des microplastiques
- De possibles effets synergiques sur le système immunitaire et endocrinien
- Un impact accru sur les populations vulnérables : femmes enceintes, nourrissons, personnes immunodéprimées
Il est important de souligner que la recherche évolue rapidement. Si l’incertitude demeure sur l’ampleur exacte des risques combinés, le principe de précaution pousse déjà de nombreux consommateurs vers des solutions de filtration plus performantes, ciblant à la fois les microplastiques et les PFAS dans l’eau potable.
Stratégies de filtration pour réduire les microplastiques dans l’eau de boisson
Éliminer les microplastiques de l’eau du robinet repose essentiellement sur des procédés de filtration mécanique ou membranaire. La taille des pores du filtre constitue le paramètre clé. Plus elle est fine, plus les particules retenues sont petites.
Parmi les technologies disponibles pour un usage domestique, on peut citer :
- Filtres à cartouche (sous-évier ou sur robinet) : efficaces pour piéger les particules en suspension de taille supérieure à quelques micromètres, y compris une grande partie des microplastiques les plus gros.
- Carafes filtrantes : leur capacité à retenir les microplastiques dépend fortement de la qualité du média filtrant. Certains modèles se limitent à améliorer le goût, d’autres incluent de véritables barrières mécaniques.
- Ultrafiltration : membranes aux pores très fins, capables de retenir des particules de l’ordre de 0,01 µm, offrant une protection renforcée contre les microplastiques, mais nécessitant un entretien adéquat.
- Osmose inverse : technologie membranaire très fine, souvent considérée comme l’une des plus efficaces pour éliminer presque toutes les particules solides, y compris les microplastiques de très petite taille.
Pour un consommateur souhaitant réduire spécifiquement son exposition aux microplastiques, il est recommandé de vérifier les caractéristiques techniques du filtre (taille de coupure en microns, certifications éventuelles) et de respecter rigoureusement les consignes de remplacement des cartouches.
Filtration des PFAS : charbon actif, osmose inverse et technologies avancées
Les PFAS, en particulier les formes à chaîne longue, peuvent être partiellement éliminées par certaines technologies adaptées. Toutefois, leur grande solubilité et leur persistance rendent la tâche plus complexe que pour de nombreux contaminants classiques.
Les principales stratégies de filtration des PFAS dans l’eau potable incluent :
- Charbon actif granulé (GAC) : très utilisé dans les stations de traitement municipales, il adsorbe de nombreux PFAS. Son efficacité dépend de la configuration du système, du temps de contact et du remplacement régulier du média.
- Charbon actif en bloc (filtres domestiques) : certains filtres sous évier ou sur robinet emploient des blocs de charbon compressé capables de réduire significativement certains PFAS. Il est important de se référer aux tests indépendants et aux certifications.
- Osmose inverse : cette technologie à membrane semi-perméable montre une très bonne performance pour réduire une large gamme de PFAS, surtout lorsqu’elle est combinée à un prétraitement par charbon actif.
- Résines échangeuses d’ions : davantage utilisées à l’échelle industrielle ou municipale, elles permettent de capter certains PFAS en échangeant des ions en solution avec des ions fixés sur la résine.
Pour un usage domestique, les systèmes combinant charbon actif et osmose inverse offrent aujourd’hui l’une des protections les plus élevées contre les PFAS dans l’eau de boisson. Toutefois, ces équipements représentent un investissement plus important que les carafes filtrantes, et imposent un entretien régulier pour rester efficaces.
Stratégies intégrées : gérer simultanément microplastiques et PFAS
La question centrale pour de nombreux consommateurs est la suivante : existe-t-il une solution de filtration unique capable de traiter à la fois les microplastiques et les PFAS dans l’eau potable ? Plusieurs approches combinées se dessinent.
Pour un foyer souhaitant réduire globalement l’exposition à ces contaminants, on retrouve souvent :
- Un préfiltre mécanique (cartouche sédiment) pour retenir les particules, y compris une partie des microplastiques plus gros.
- Un filtre au charbon actif pour adsorber une partie des PFAS, ainsi que d’autres polluants organiques et composés responsables du goût et de l’odeur.
- Une membrane d’osmose inverse pour une épuration approfondie, visant les petites particules et un large spectre de contaminants dissous.
Certains systèmes compacts intègrent ces différentes étapes dans un seul appareil, généralement installé sous l’évier. D’autres solutions s’orientent vers des installations au point d’entrée (à l’arrivée générale de l’habitation), destinées à traiter l’ensemble de l’eau distribuée dans le logement, pas seulement celle destinée à la boisson.
Les consommateurs intéressés par ce type de produits doivent porter une attention particulière :
- Aux certifications indépendantes (NSF, ANSI, ou équivalents), attestant des performances sur les PFAS ou les particules
- Aux coûts de maintenance (remplacement des cartouches, entretien des membranes)
- Aux débits disponibles, notamment pour les systèmes d’osmose inverse
- À la gestion de l’eau de rejet pour les systèmes membranaires
Réduire l’exposition personnelle et soutenir une eau potable plus sûre
La compréhension des interactions entre microplastiques et PFAS dans l’eau de boisson met en lumière un enjeu plus large : notre dépendance aux plastiques et aux produits chimiques persistants. Les filtres et systèmes de traitement ne représentent qu’un maillon de la chaîne de solutions.
À l’échelle individuelle, plusieurs gestes peuvent contribuer à diminuer l’exposition :
- Limiter l’usage de plastiques à usage unique et les contacts alimentaires avec certains emballages
- Privilégier des textiles moins émetteurs de microfibres et utiliser des dispositifs de capture au niveau du lave-linge
- S’informer sur la qualité de l’eau locale, les analyses de PFAS et de microplastiques éventuellement disponibles
- Choisir des systèmes de filtration adaptés à ses besoins et à son budget, en s’appuyant sur des données techniques vérifiables
À l’échelle collective, la réduction des émissions de PFAS et de plastiques dans l’environnement reste essentielle. Les réglementations évoluent, les industriels développent des alternatives moins persistantes, et les recherches sur de nouvelles technologies de traitement de l’eau (adsorbants avancés, membranes innovantes, procédés d’oxydation ciblés) se multiplient.
Dans ce contexte, l’intérêt pour les filtres domestiques performants, capables de réduire à la fois les microplastiques et les PFAS dans l’eau potable, ne devrait que s’accentuer. Pour les consommateurs, s’équiper en connaissance de cause devient un moyen concret de reprendre un certain contrôle sur la qualité de leur eau de boisson, tout en suivant de près les avancées scientifiques et réglementaires qui redessinent le paysage de la pollution de l’eau.

